Angela et Theresa en Afrique

31 août 2018

Après que l’Italie ait sollicité (a priori à juste titre) la Chine pour une coopération en pays tiers en Afrique, c’est Theresa May qui s’est rendue au Kenya le 30 août, après des étapes en Afrique du Sud et au Nigeria. Une première depuis cinq ans dans le Sud-Sahara, pour un premier ministre britannique ! Quasiment au même moment, le Sénégal, le Ghana et le Nigeria accueillaient la chancelière allemande Angela Merkel.

« Nous ne devons pas être les complices des trafiquants d’êtres humains et nous ne devons pas juste regarder » sans rien faire, a déclaré Mme Merkel aux côté de Macky Sall, le président sénégalais. Et d’ajouter : « Nous devons combattre l’émigration illégale d’une part et créer des opportunités légales d’autre part ». On sait que l’action diplomatique de l’Allemagne auprès de l’Afrique s’est accrue depuis quelques années pour diminuer les flux migratoires, qui sont aujourd’hui au cœur d’une crise politique dans le pays.

Déjà ces dernières années, les mots « Plan Marshall pour l’Afrique » étaient sortis à plusieurs reprises de la bouche de différents leaders européens (notamment anglais et allemands). Toutefois, il faut toujours se méfier des mots et aujourd’hui, si on attend toujours les actes, les vrais, on est en droit de s’étonner que ces responsables politiques ne se soient pas fait l’écho bien plus tôt des paroles de Mme Helga Zepp Larouche, présidente de l’Institut Schiller, et de Jacques Cheminade, qui se battent précisément pour cela depuis les années 1980 (http://jacquescheminade.fr/Discours-de-Thomas-Sankara-au-sommet-de-L-OUA)

Merkel était accompagnée d’une dizaine de PDG d’entreprises allemandes. Mentionnons au passage les remarques de l’Association nationale des entreprises allemandes impliquées dans les pays africains, citées dans le Afrika-Verein : pour elle, les entreprises familiales (Mittelstand) sont bien mieux qualifiées pour investir en Afrique que celles dirigées par des gestionnaires. En effet elles pensent en terme de cycles longs d’investissement, et non en terme de rentabilité immédiate, et sont plus flexibles pour adapter leurs produits aux clients des pays partenaires.

Au ce jour, seuls quelques milliers d’emplois ont été créés par ces entreprises en Afrique, l’accent ayant été mis sur l’Afrique du Nord et l’Afrique australe, en particulier l’Afrique du Sud. Les nombreux « petits projets » ne parviennent pas à répondre aux besoins que remplissent les grands projets. Ainsi en est-il, selon le journal Le Monde, de l’électrification de quelque 300 villages sénégalais annoncée par le président Macky Sall au cours de la conférence de presse conjointe avec Mme Merkel… mais dont le montant du financement par l’Allemagne n’a pas été précisé ! La dernière réalisation de Hochtief, la plus grande entreprise de construction allemande, en Afrique, a été la construction de plusieurs ponts piétonniers en Ouganda. Quant à la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW), premier bailleur de fonds du secteur public allemand à l’étranger, elle n’a pas de projet majeur en Afrique à ce jour.

Notons que le ministre allemand de la Coopération économique et du développement, Gerd Müller, a parallèlement effectué une visite officielle au Zimbabwe, où fut convenu de constituer une commission permanente conjointe pour assurer la mise en œuvre et le suivi d’accords économiques bilatéraux. Il a également rendu visite au président Isaias Afwerki en Erythrée, exprimant son soutien à l’accord de paix Érythrée-Éthiopie signé le mois dernier. Depuis Asmara, en Érythrée, il s’est envolé pour Addis-Abeba, en Éthiopie, où il a rencontré le Premier ministre Abiy Ahmed.

Enfin c’est au Cap en Afrique du Sud que la Première ministre britannique a pour sa part annoncé le 28 août son « come back » sur le continent. Promettant un plan d’investissement de 4.4 milliards d’euros pour soutenir les pays africains, elle s’est engagée à ce que « Le Royaume-Uni devienne le premier investisseur des pays du G7 en Afrique d’ici 2022″. Petit comparatif: lors de sa visite à Johannesburg en juillet, le président chinois Xi Jinping a de son côté annoncé l’équivalent de plus de 12 milliards d’euros d’investissements chinois pour la seule Afrique du Sud. La première bonne nouvelle, c’est que la marge de progression est grande pour nous Européens. L’autre « bonne nouvelle », c’est que pour réussir, nous devrons faire au minimum comme la Chine: revoir de fond en comble notre propre modèle économique (bien mis à mal par des décennies de financiarisation), afin de démontrer aux pays africains que nous aussi, nous sommes crédibles en matière de développement et d’investissement. Pour la Grande-Bretagne de la City et de l’empire « où le soleil ne se couche jamais », c’est juste un… little challenge.

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